Elle parle de l'attente de quelqu'un. Quand on sait pertinemment qu'il ne reviendra jamais.

16 janvier 2012

Je repasse.

Cette page m'a fait du bien. Elle m'a permi de crier ici, et me contenir en société. Avancer.

Ces temps-ci le moral n'est pas au beau fixe. Ce n'est pas grave, j'ai connu pire. Toutefois il faut que je retourne voir un psy. Psychologue, psychiatre ? Psychiatre surement. Autant à la mort de Maman, j'ai eu besoin de parler, celà m'a fait du bien. Autant - aujourd'hui - j'ai besoin qu'on me dise quelle direction prendre. Qu'on me propose un moyen de me soigner.

 

Mes problèmes ? Les enfants. J'ai aujourd'hui 19 ans, vous me diriez que j'ai tout le temps d'y penser je vous répondrais que je suis bien d'accord avec vous. Seulement j'ai touché du doigt une douleur qui s'est encastrée au fin fond de ma poitrine. Voir un enfant qui rire avec sa Maman, non, c'est trop pour moi. Les poussettes dans le bus, les enfants de ma belle mère, je garde une certaine distance. Histoire de me protéger. Parfois je pleure, ou plutôt je me pince les lèvres très fort et tente à tout pris de ne pas montrer une larme une seule. Je vie encore ces soirées où j'ai besoin de me retrouver toute seule : pleurer pendant des heures,  jusqu'à l'épuisement, à hurler que tu me manques et que j'ai peur. Que j'ai besoin de ma Maman. Jusqu'au moment où je m'endormirai, les yeux trempés, le coeur et le corps fatigués d'avoir laissé passé tout ce tumulte.

J'habite en appartement maintenant, je suis parti de la maison familiale avec beaucoup de plaisirs. Plus de cris, plus cette pression insoutenable. Que des coups de fils sympathique, et quelques allers-retours que je suis heureuse de faire. J'aime mon père. On est simplement mieux à distance - pour l'instant du moins. J'habite en appartement, et j'ai mis quelques temps à réaliser que mes voisins devaient m'entendre crier et appeller ma Maman. J'essaye de faire un peu plus attention depuis.

En ce jour d'Octobre, jour où j'ai laisser ma mère mourir sur le lit, jour où mon père arrive avec un plateau de petit déjeuner préparé avec tendresse, jour où il retrouve la prunelle de nos yeux étouffée dans son vomi. Je suis morte. J'ai encore cette sensation 5 ans après. La petite fille en moi est morte, définitivement, mon monde s'est écroulé, retourné, tu avais dis "Adios" et tu avais toutes les raisons de le faire.

Les émotions qui m'ont traversées sont très difficiles à décrire. D'une part parce que mon cerveau m'a protégé avec ces black out à répétitions, d'autre part parce que je ne m'explique pas cette sensation de mort. Un moment où tout s'arrête. La douleur est tellement forte, tu ne ressens plus qu'elle, à son paroxisme, ni plus haute ni plus basse que la minute précédente. Ce jour là on m'a proposé un rendez vous gratuit avec un psychiatre pour pas "qu'il y ai un deuxième accident" -comme on m'a dit. J'ai refusé. Tout défilait autour de moi et mon cerveau devait déployer toute son énergie à un travail d'inhibition de la douleur. Je planais. Pas dans le bon sens. Je n'avais pas envie de me suicider, l'idée ne m'a même pas traversé l'esprit.

J'étais déjà morte. Mon corps a du assurer les fonctions vitales, il a pris le relais et fait ce qu'il avait à faire. On a mis mon esprit en "Pause" pendant un certain nombre de semaines. Je n'étais pas dans l'effort, j'étais dans une survie brutale et sauvage. En y repensant, j'ai eu de la chance. Quelque chose en moi s'est activé, je l'appelle aujourd'hui l'instinct de survie. Il m'a fait me lever, m'assoir, manger sans savoir ce que je mangeais, sans savoir si je mangeais. Il m'a fait mettre un pas devant l'autre, entrer dans une salle de classe et assurer mes fonctions sociales. Je me souviens de peu de choses presque rien, un mot peut être de ma professeur d'histoire : "Je te trouve très courageuse".

Merci.

 

J'ai finis par revivre, me relever. Reconstruire une vie dont le socle est ma douleur. Encore une fois j'ai eu de la chance. J'ai appris de ma douleur. J'ai souvent la sensation que tout ce que je suis, tous mes principes, toutes mes idées sont nées de sa mort. Que je ne pourrais m'arrêter de pleurer. Quelque part je crois que ce n'est pas grave, ça ne m'empêche pas de ressentir des moments de bonheur. Alors je ne cherche pas à arrêter ces heures de douleurs, ces heures entières où j'exprime toute la tristesse et le vide en moi jusqu'à m'écrouler et dormir. Elle passeront peut-être, peut-être, mais je peux vivre avec. Je peux.

En revanche ce avec quoi je ne peux pas vivre, c'est la sensation d'arrachement que j'ai lorsque je vois un enfant avec sa Maman. Lorsque je me confronte à la petite fille que j'étais, qui est morte, et que j'ai été obligé de laisser derrière moi pour ne pas mourir vraiment.

 

J'ai besoin d'un psy.

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